J'arrive

Un oui-mais-non-spectacle. Ou non-mais-oui, c'est selon.

J’arrive en scène et j’explique tout ce que je ne veux pas faire en scène, tous les sujets que je refuse d’aborder, et tout en expliquant, je fais ce que je refuse et dis ce que je ne veux pas dire. En somme c’est un non-spectacle.

Cependant, petit à petit, insensiblement, tout devient fiction, les spectateurs comprennent que ce n’est pas à eux que je parle, et que ce n’est pas de moi; le personnage se dessine progressivement…

Quoi qu’on fasse, si la magie opère, on peut même, et c’est ici le propos, dénigrer le théâtre, il ne vous en est que plus reconnaissant. il en ressort fortifié.

Après « J’arrive », la seule solution, c’était de faire complètement autre chose.

La presse est complice

www.ou-pas.net (février 2006)

J’ai assisté à un enterrement. Ben oui, une dernière c’est une sorte d’enterrement, mais en l’occurrence un enterrement joyeux car il m’aura donné l’occasion de passer un peu de temps avec mon cher camarade feu Marcel de Vélo et, aussi, parce que le spectacle en question est un des plus brillants et drôles auxquels il m’ait été donné d’assister, et ce depuis un sacré bon moment, pointures comprises. “J’arrive”, que ça s’appelle. Enfin, que ça s’appelait. De et par Saïda Churchill, donc, que je ne connaissais guère, voire pas, jusqu’alors, et c’est bien dommage. J’aurai l’occasion d’aborder la non-couverture médiatique de l’artiste par ailleurs. Le spectacle, impossible à résumer, présente l’artiste seule en scène pendant une heure vingt, à vue de nez, non stop. Sans interruptions. Sans sketches. Sans tout ce qui fait qu’un spectacle comique est un spectacle comique. Mais avec tout ce qui fait qu’un spectacle est drôle. La nuance est importante et ne vous aura certes pas échappé. N’y allons pas par quatre chemin, et puisqu’on n’échappera pas à la comparaison autant l’évacuer tout de suite : la structure est la même, vous l’aurez compris, que celle de “Colères”. Et tout ce qui nous avait fait dire à l’époque que c’est la seule valable pour obtenir un truc chouette se confirme ici : un bon texte (entendez “brillant et drôle”, je ne trouve décidément pas de synonymes valables) ininterrompu, faisant volontiers référence à lui-même, soutenu par un jeu d’acteur plus que solide, là réside la formule à mon avis imparable. Ça paraît tellement simple qu’on se demande pourquoi tout le monde ne l’applique pas.

Je vais vous dire pourquoi tout le monde ne l’applique pas. En premier lieu, et de façon évidente, tout le monde n’a pas le talent pour le faire, loin s’en faut. Parvenir à maintenir l’attention d’un public sur plus d’une heure réclame des dons d’auteur et de comédien peu fréquents. Essayez donc d’écrire ne serait-ce qu’un sketch un peu valable, vous vous rendrez alors compte d’une infime parcelle de la difficulté de l’exercice. Et essayez ensuite de jouer le dit sketch de façon convaincante, ça devrait finir de plomber vos illusions. Vous allez sans doute me dire “mais moi j’suis pas un comique”. La dame en question non plus, andouille. Suivez, un peu. En second lieu, à supposer qu’un gaillard aurait le talent pour le faire (je recause de la formule magique, là. Je sais, c’est un poil brouillon), faut admettre que ça paye peu, voire pas. En dehors de Rollin qui a bien tiré son épingle du jeu, mais plus grâce à son personnage du Professeur Rollin qu’à “Hirondelles de saucisson” ou “Colères” restés somme toute assez confidentiels, la formule n’a amené personne sur le devant de la scène médiatique. Comme quoi, s’il en fallait une preuve, la notoriété ne se nourrit que parcimonieusement de talent. Et la demoiselle dont on cause ici en est un exemple flagrant : qui a déjà entendu parler de Saïda Chruchill, levez le doigt ? Voilà, la démonstration est finie.

“J’arrive”. La comédienne arrive, donc, sur scène, pour nous expliquer tout un tas de choses sur elle, ce qu’elle aime, ce qu’elle n’aime pas, ce qui la révolte, ce qui l’inquiète ou, juste, ce qui l’agace. Et là, pour un Marcel normalement constitué, se produit une sorte de choc mental. Figurez-vous que tout, ou presque, ce qui m’est passé par la tête à l’évocation des sujets abordés par la donzelle sur scène a trouvé un écho quasi parfait sur cette même scène. Je peux vous affirmer que c’est assez perturbant. Qu’elle parle des hommes, des femmes, des comiques, des cons, des autres, je croirais m’entendre, mais en mieux. C’est très troublant. En mieux et en plus drôle, évidemment, sans cette acidité de ton qui peut me caractériser à l’occasion, sans ce vilain cynisme dont je n’arrive que trop rarement à me défaire. Saïda Churchill conspue son prochain, mais elle le fait avec une franchise presque souriante, ce qui constitue à mes yeux un exploit. Et en faisant rire, hein. C’est pas parce qu’on n’est pas un comique qu’on n’a pas le droit de faire rire. Et elle ne s’en prive pas. Que ce soit par le texte ou par le jeu, les occasions ne manquent pas, et au bout du compte la presque heure et demi passée à écouter et regarder quelqu’un parler tout seul, évènement a priori peu naturel, n’en paraîtra guère plus que le sixième, à savoir un quart d’heure pour les moins rapides d’entre vous. Réjouissant et frustrant à la fois.

Je ne vous donnerai pas plus de détails concernant les propos abordés, le jeu, la mise en scène : vous n’aviez qu’à y aller. Mais là, vu que la représentation à laquelle j’ai assisté était la dernière, c’est râpé pour vous. “Bien fait pour leur gueule” dirait volontiers Saïda, de mémoire. J’abonde. Enfin, j’abonderais si ça n’était pas réellement dommage pour l’artiste en question. Faute d’une promotion suffisante, son talent aura échappé au plus grand nombre. C’est une injustice. Une de plus, me direz-vous. Certes. Mais voyez-vous, bizarrement, c’est pas ça qui me console.

Marcel Piston. En personne.

POLITIS (17 juin 2004)

L’IMPLOSIVE

Saïda Churchill change les règles du one-woman-show.

Comment s’habiller pour aller à un enterrement ? Telle est la question que pose d’entrée Saïda Churchill, en ouverture de son spectacle comique, J’arrive ! Drôle de comique, surtout lorsqu’on comprend que les obsèques en question sont celles de son personnage.

Donc elle s’interroge, se change en scène. On se met en noir ou en blanc ? Elle va trouver une solution mais, auparavant, elle aura posé bien d’autres questions, parcouru d’autres sujets et secoué la société au gré d’un travail de sape assassin ! Saïda Churchill – c’est un pseudo, bien sûr : elle est franco-marocaine et aime à détonner, de la même manière qu’il y eut naguère un Kiki Picasso – s’exprime en général dans le cadre du café-théâtre, de ce qu’on appelle ainsi. Mais elle est dans les marges de ce monde-là. D’ailleurs, elle le fait imploser. C’est une implosive.

Car ce one man show est double. Il y a l’histoire absurde, loufoque, de cette femme qui, sans trop d’états d’âme, va à sa mise en bière. Son personnage de comédienne évoque son milieu, son apprentissage, la façon de jouer Molière, et traite négligemment de la maladie qui la ronge. Et en route pour la cérémonie ! Parallèlement, il y a un dialogue – car son monologue s’adresse au public et à pas mal de contemporains – qui parle du spectacle et de la société du spectacle. Elle commence même le show par les saluts qu’on fait en sortant, pour bien mettre son histoire et sa présence à l’envers. « Cela ne va pas être comique, il n’y aura pas de jeux de mots », dit-elle. En fait, ce sera drôle, avec de très rares glissements sur les sonorités. Voilà qui renvoie tous les routiniers du show-bizz à leur médiocrité.

Joli visage aux traits réguliers, corps tendu dans une immobilité faussement placide, Saïda Churchill sourit discrètement et lance doucement ses phrases en zig zag. Elle emprunte au parler de chacun des certitudes et, délicatement, les contredit. Sur un tempo calme de croche-pieds généralisés, tout y passe : les hommes, la famille, les amies, footballeurs, les décideurs, les conceptions de l’amour… Saïda Churchill ne cherche pas à plaire ou, plutôt, elle cherche à plaire sans être plaisante au sens classique du terme. Elle n’est pas davantage pétroleuse, elle a pris le parti de la dérangeuse affable et radicale. C’est ce qui fait son style, sa différence et son originalité.

Gilles Costaz

FIGAROSCOPE

LA VICTOIRE DE SAÏDA CHURCHILL

Disciple de Romain Bouteille, l’inventeur café-théâtre, auteur singulier, plus moraliste que rieur, Saïda Churchill poursuit le même combat. Elle n’est pas gaie, il y a de quoi, la vie n’est jamais si rose. Bref, Saïda colle à la réalité, sans jamais chercher le rire facile. Ce n’es pas elle qui plaisanterait sur le couple. Elle n’a rien de la petite nana. D’ailleurs, elle affirme d’entrée « Je suis misogyne ». Vous voilà prévenus. On ne sait pas si c’est du lard ou du cochon, mais c’est son style. Que veut-elle ? Nous divertir, rien n’est moins sûr. Ce n’est pas parce qu’on est dans un café-théâtre que le spectacle doit être drôle. Non, Saïda Churchill est un auteur et entend nous dire ce qu’elle a sur le cœur. C’est à prendre où à laisser.

CHARLIE HEBDO (2002)

Elle ne fait pas le sketch des deux copines chez le coiffeur, ni celui de la future maman qui angoisse encore moins celui de la bourgeoise hystérique. D’ailleurs elle ne fait pas de sketch. Et si elle a le nez rouge, c’est qu’elle est enrhumée(…) Mais avant d’être drôle, Saïda Churchill veut être convaincante. Elle ne s’est pas tuée à écrire un texte intelligent et plein de finesse pour laisser l’attention du spectateur baguenauder (…) C’est sans doute pour ça qu’on sort de ce spectacle avec l’agréable sensation d’avoir, enfin, vu quelque chose de nouveau au royaume embouteillé et lénifiant des rigolos professionnels.

Gérard Biard

LE CANARD ENCHAÎNÉ (juillet 2004)

L’effrontée du refus (Churchill l’espiègle)

Dès que Saïda Churchill entre en scène, on pourrait croire que le one-woman-show n’aura pas lieu puisque la comédienne s’ingénie à casser toutes les conventions du genre. Ni grossièretés ni sketches misogynes ou antipédés, pas de mots d’auteur, de calembours ou de grimaces… Par les temps qui courent on se dit qu’un tel refus des stéréotypes et des fausses audaces est suicidaire, et justement la jeune femme nous dit son désir d’en finir avec la vie car c’est à son propre enterrement qu’elle se prépare tout en essayant des tenues de deuil.

Tout ce que dit refuser Saïda Churchill, elle sait le faire ou plutôt le singer, le détourner avec une aisance déconcertante… En actrice ” belle mais rebelle… pour le Tibet, contre le sida et non le contraire “, elle est irrésistible. Cette championne du décousu ne cesse d’en découdre avec les lieux communs de la ” tolérance çobligatoire “. Rarement sur scène le désespoir n’a été aussi joyeux.

Albert Algoud

JEUNE AFRIQUE (décembre 2003)

Le patronyme qu’elle s’est choisi en dit long sur son humour provocateur, mais aussi sur son désir de dépasser les a priori dans lesquels on chercherait à l’enfermer. « C’est pour casser l’idée préconçue que c’est le spectacle d’une Beurette qui va parler de ses problèmes de double culture. Saida Churchill, c’est une sorte de no man’s land qui me convient bien », explique cette jeune femme née dans les montagnes du Rif marocain. Mais « le hasard d’une promesse d’embauche chez Peugeot » a conduit ses parents vers une grande tour de banlieue, à Mulhouse. Elle n’avait pas 1 an.

Scolarité brillante, « trois ans d’ennui » et une licence de lettres modernes. À 25 ans, Saida renonce à sa vie d’étudiante à Besançon pour la vie de bohème à Paris. Elle se découvre de nouvelles passions : la comédie puis l’écriture.

Fille d’immigrés, Saida n’occulte pas ses origines, mais n’en fait pas son fonds de commerce. Créé en 1998 au Festival d’Avignon, J’arrive, one-woman show qu’elle a écrit elle-même, ne ressemble à aucun spectacle du genre. Son texte introspectif tout en subtilités se situe aux antipodes du spectacle comique, et pourtant on rit… un peu jaune, il est vrai. Et on ne sait jamais si elle joue, improvise ou se contente d’être elle-même. Ainsi, dans J’arrive, la jeune femme ne cesse de se déshabiller et de se rhabiller, à la recherche de la tenue idéale pour un enterrement… le sien ! Ce faisant, Saida déballe tout ce qu’elle a sur le coeur : la bêtise, les compromissions, le « politiquement correct », les paillettes, Molière, La Fontaine, les supermarchés, la famille, les amis et les amours.

Fadwa Miadi

LE POINT

Un tempérament de feu, un visage d’ange pas sage, Saïda Churchill arrive sur scène en grognant : elle n’aime pas “commencer”. Ell est là pour en finir une bonne fois pour toutes. Ce soir elle s’habille pour assister à un enterrement…Le sien ! Si son personnage n’aime pas les femmes qui n’aiment pas les femmes, elle a pourtant décidé d’être gentille avec tout le monde “parce que ça fait mincir” forcément quand on partage sa tablette de chocolat! Autodérision et coups de gueule bien balancés, Saïda, mise en scène par Romain Bouteille décape, détonne, dégomme… Attention, elle arrive!

Marie Audran

LIBÉRATION (1er novembre 2003)

ENTRE RIRE ET LARMES

Un soir, chez l’auteur Roland Dubillard, on avait vu Saïda Churchill s’emporter à propos du Moyen-Orient. Son compagnon, Romain Bouteille, fondateur d mythique Café de la Gare et vieil agrégé en provocation, en avait remis une louche. On les retrouve tous les deux, toujours aussi excités. Elle, seule en scène, avec le public pour partenaire. Lui, en coulisses, signant la mise en scène d’un spectacle intitulé J’arrive. On craint le one woman show de service. On a tout faux. L’actrice tire à vue sur tous les travers du genre. Elle commence par rater son entrée et nous prévient de la suite des événements : il y aura des moments de drôlerie et un zeste d’émotion. Il y a tout ça. On a droit à toute la panoplie déchirée avec changements de costume à vue.

Et pus survient ce moment étonnant où l’actrice s’assoit face au public de la salle du Funambule et lui dit : « Je vous hais. » Elle dit aussi qu’elle n’aime pas les parenthèses mais ne cesse d’en faire, elle n’en est pas à une contradiction près. Comme Romain Bouteille. Et, comme lui, elle sait l’art de commencer une phrase et d’en terminer une autre, à flots saccadés, égrenant leur commun univers scrogneugneu et récalcitrant. Comme il se doit, ce spectacle est joué uniquement lors des jours de relâche des spectacles habituels.

Jean-Pierre Thibaudat

ZURBAN (18 juin 2003)

Saïda Churchill. Rire vengeur.

Elle arrive, Saïda Churchill, et elle complique tout. Elle empoisonne vos idées reçues. Tout en s’habillant de blanc pour un enterrement qui pourrait être le sien, elle découvre vite que ce qui semblait aller ne va pas: les copains, les copines, les amours, les gens qui passent à la télé, ceux qui n’y passent pas, le show-biz… Même Molière ne fait pas le poids. Et Saïda réécrit la scène d’Elvire dans Don Juan, qui était si mal foutue. Personne ne voudrait de Saïda chez lui; elle vous saperait le moral dès le petit déjeuner. Mais, sur une scène, sa belle fureur calme nous venge d’avoir été si gogos hier et de l’être à nouveau demain.

Gilles Costaz

LE FIGARO

Saïda Churchill est une artiste salutaire : elle ne cache ni sa hargne, ni ses douleurs, se livre à un exercice de critique qui est d’une audace rare. Son accent parigot, sa belle voix emportée, son bon sens bien dru, son vrai visage vivant (c’est à dire qui porte autant de mémoire que de beauté, de franchise que de séduction) tout son être, tout son personnage est sur scène éperdu, avide, emmêlé, fiévreux. Entre la confession et la mécanique comique, elle choisit toujours le plus humble, ce qui est grâce et audace.

Une fois encore, c’est salutaire.

Bertrand Dicale

RADIO FRANCE

“J’arrive”, où, comment et pourquoi, vous le devinerez peut-être à la fin. Elle arrive et ça déménage.(…) Saïda sans jamais sciller, écorche ses contemporains, le société elle-même. Elle épingle nos comportements les plus mesquins ou les plus brillants, sans jamais se départir de son verbe enlevé.(…) Saïda Churchill se lance dans un étourdissant jonglage verbal où l’on se perd avec délices pour mieux retrouver le fil de la non-histoire : mais au fait, à quoi ça tient, la vie et, sommes nous ce que nous paraissons?

Sabine Maillochon

MIDI LIBRE

Comme promis, elle arrive. (…) Saïda joue à faire basculer sans cesse son “non-spectacle” entre fausse fiction et vraie discussion. A moins que ce ne soit l’inverse.(…) Saïda se déguise pour mieux se dévoiler au spectateur. Et tout y passe : le conflit des générations, la fidélité, le suicide, les répondeurs téléphoniques. Parfois cynique, douloureuse, toujours drôle, elle remue sa lame dans les plaies de notre époque : la vie superficielle et mesquine.(…) Un monologue étonnant, drôle et cynique. Une agile mise en scène signée Romain Bouteille.

Adrien Vergnolle

LA MARSEILLAISE

Quand Saïda Churchill part en guerre contre les lieux communs c’est du grand café théâtre : innovateur, impertinent et audacieux. C’est un plaisir que de voir ce testament de l’humour.

C. Quenesson

LA REVUE DU SPECTACLE

(…) Le ton est vif et insolent mais sous des dehors guerriers, le regard sait se faire charmeur et rieur. Petit à petit pointent une grande générosité et une remarquable présence scénique. Avec l’aisance d’une grande comédienne, elle nous dit tout de même ce qui ne nous plaît pas forcément et on en redemande.

Gil Chauveau

L’AVANT-SCÈNE THÉÂTRE

Révélée par le café de la gare et toujours mise en scène par Romain Bouteille, Saïda Churchill propose son nouvel emballage d’un show qui prend le genre à contre-pied. Elle commence par les saluts et promet qu’elle ne jouera pas les comiques et qu’il n’y aura pas de jeux de mots. Ce n’est pas tout à fait sûr qu’elle tienne sa promesse.

Elle joue avec les mots et les idées, mais selon une méthode qui consiste à scier les planches qu’elle met en place. Elle met encause tout ce qu’elle aborde : la vie, les mecs, les copines, la famille, la mode, les joueurs de foot, les acteurs, Molière et la façon de le jouer (elle réécrit la gande scène d’Elvire dans Dom Juan). Souriante, elle parle d’une chose et aussitôt, en montre la ridicule face cachée. A contre-humeur, elle encadre sa conversation tous azimuts de deux idées principales : comment s’habiller pour aller à un enterrement (elle se change en scène) et que penser de ses analyses de recherche d’un cancer. Au terme d’”homme de ma vie”, elle préfère “homme de ma mort”… Elle réussit son pari d’être plus brillante qu’un amuseur du show-biz et d’en refuser les règles. Son style est de cultiver la provocation sous la douceur.

Une telle tranquillité dans l’exercice du coup de patte peut dérouter (…) elle est un personnage peu banal.

Gilles Costaz

LE POINT

Un tempérament de feu, un visage d’ange pas sage, Saïda Churchill arrive sur scène en grognant : elle n’aime pas “commencer”. Ell est là pour en finir une bonne fois pour toutes. Ce soir elle s’habille pour assister à un enterrement…Le sien ! Si son personnage n’aime pas les femmes qui n’aiment pas les femmes, elle a pourtant décidé d’être gentille avec tout le monde “parce que ça fait mincir” forcément quand on partage sa tablette de chocolat !Autodérision et coups de gueule bien balancés, Saïda, mise en scène par Romain Bouteille décape, détonne, dégomme… Attention, elle arrive!

Marie Audran

CINÉLIBRE

Saïda a une vision d’une monde sans concession pour les profiteurs, comme on disait au 19ème. Saïda est bien plus drôle que bien de ces bonshommes qui envahissent les scènes du café-théâtre.

Ses adversaires se nomment, comme au plus fort de la révolte, la bêtise, le show-bizz et ses paillettes, l’injustice, la médiocrité. Mais elle le dit si bien, avec les mots justes, juste ce qu’il convient d’attendre d’une femme de théâtre qui a choisi un canevas judicieux où il est question de la mise en scène de sa propre disparition, qui a choisi la création indépendante et qui ne s’en mord pas les doigts…

Pat D.

LE MATIN DU SAHARA (19 décembre 2003)

Pourquoi avoir choisi ce pseudonyme?

A l’époque où j’ai commencé à pratiquer cet art, il était attendu de la part des Maghrébins de s’exprimer en fonction de leur origine. En ce qui me concerne, je ne me limitai pas à présenter des scènes en rapport avec le Maroc, bien plus je parlais de choses universelles et c’était aussi une manière de dire qu’on peut être Marocaine et avoir des préoccupations internationales.

Ceci étant, le choix de ce pseudonyme n’a guère été le fruit du hasard, je dirais plutôt qu’il a été bien étudié. Puisque je cherchais à brouiller les cartes, une sorte de noman’s land. Et ça a fait son effet.

Vos origines n’ont pas été une entrave pour votre épanouissement?

Je suis d’abord marocaine et ensuite, originaire du Rif. Vous imaginez!

Je dirais oui et même énormément déjà mon prénom Saida m’identifiait en tant que Maghrébine et de là on me proposait toujours des rôles de beurette. Et à force de revivre la même situation à chaque fois, j’ai décidé d’écrire mes rôles toute seule.

Quel style d’écriture faites-vous?

Je me considère essentiellement comme un auteur de textes engagé à contre courant des engagements récupérés.

C’est donc, un double engagement. Le premier s’inscrit dans le cadre de la comédie et le second au niveau nationaliste.

Mes spectacles s’inscrivent dans le cadre de la comédie cynique et réaliste ayant pour objectif d’éveiller la lucidité.

Quel a été votre parcours?

J’ai d’abord commencé par faire une licence en lettres modernes par goût et surtout par intérêt, les lettres ce sont des études très intéressantes. Une fois mon diplôme en poche, j’ai entamé des cours de théâtre avec Nils Arestrup, Maurice Bénichou, Robin Renucci et surtout Romain Bouteille que j’ai rencontré dans un lieu qui s’appelle «chez Ali» et qui rassemble tous les artistes de Paris.

Mes débuts ont été à Tanger au lycée Regnault où le professeur de philosophie, m’avait attribué l’un des principaux rôles dans la pièce intitulée «La vie que je t’ai donné». ce qui m’a beaucoup encouragé et ce fut aussi une occasion de montrer mes talents de comédienne débutante.

À qui s’adresse Saïda Churchill?

Des jeunes, moins jeunes, des compatriotes, des Français…..mais ça s’arrête là!

Comment votre entourage a-t’il réagi face à cette situation ?
Bien et mal. Bien que c’est le plus beau métier du monde, mal parce qu’ils savent que ce peut être le pire aussi… Etre artiste peut des fois être une passion, d’autres, un métier et des fois une maladie dont on ne guérit jamais.

«J’arrive nouvel emballage» est le titre de votre nouvelle prestation. De quoi traite-t’elle?

J’arrive, est l’histoire d’une femme qui, ne se faisant plus d’illusions sur la vie, décide de mettre fin à la sienne. Toutefois, sa décision se fait dans la bonne humeur d’ailleurs, elle profitera de l’occasion pour régler ses comptes avec les idées qu’elle ne partage pas; elle n’a plus rien à perdre. Résultat : le rire vengeur et soulageant d’un ras le bol trop longtemps contenu!

Est-ce que c’est votre histoire que vous êtes entrain de reproduire sur scène?

Non, pas du tout. Vous savez malgré tout ce que je peux vivre, je suis quelqu’un qui aime la vie même si des fois il y a beaucoup de choses qui m’y agacent. Je peux dire oui et non. En ce moment plutôt non!

Qu’en est-il de votre vie privée?

Pour être sincère avec vous, ma vie est aussi délicate à mener qu’un cheval fougueux… même si ce cheval devient de plus en plus coopérant!

Sur quoi travaillez vous actuellement?

Actuellement, je travaille sur une comédie en solo, une comédie que j’ai écrite.

Quels sont vos projets d’avenir?

Écrire, écrire et jouer surtout pour exprimer certaines idées.

Quelle relation vous lie-t’elle au Maroc?

Le Maroc est ma terre d’origine, c’est ma vie, ma naissance, mes parents qui sont à Tanger, mes frères à Casablanca et ma sœur à Nador. Bref, le Maroc c’est Saïda Allal.

Rencontrer le public marocain ne vous tente-t’il pas?

Bien sur que oui il faut juste qu’on soit intéressés et si on me le propose ça sera avec un grand plaisir.

Votre rire est, semble-t’il provocateur ?

A travers le rire on peut passer plusieurs messages et chacun les interprètes à sa manière.

Propos recueillis par Meryem Kaf

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.