Chomsky, c'est le sujet?
Marchera jamais. Les gens veulent du léger. Bigard, par exemple.
Sujet: Chomsky!
Une comédie
politique, policière et hargneuse
pour un seul personnage.
De et par Saïda Churchill, et les voix de
Romain Bouteille,
Philippe Manesse et Clair.
« Léna a choisi pour sujet de thèse, un certain Noam Chomsky; lequel? Le professeur d’hébreu? Le linguiste? Le politologue? Le révolté!
Quant à elle, elle est de son époque, l’observe, bavarde avec sa copine au téléphone, et passe de l’important au futile, avec l’insouciance de ceux qui savent qu’ils ne peuvent pas changer le monde, mais que ça ne coûte rien d’essayer!… Si? »
Si, oui. Ça coûte.
La pièce était présentée en ces termes les premières fois (au festival d’Avignon 2005, et au Déjazet de janvier à mars 2006), mais depuis, la question n’est plus légitime, soyons honnête, nous connaissons la réponse: si, bien sûr, ça coûte d’essayer.
“Un superbe appartement„
Je ne parle pas de cette expression qui consiste à dire, “on a refait le monde”, parce qu’on a proféré deux banalités et trois lieux communs lors d’un repas arrosé. Essayez vraiment de changer le monde: on vous en voudra!
Rassurez-vous, ce n’est pas possible de le changer. Mais ça n’est pas possible, qu’à condition que tout le monde le sache. Il est donc très important de continuer à distribuer cette certitude.
Car si tout le monde pensait en même temps, le même jour, qu’il suffisait de refuser… par exemple, tiens, de payer un impôt à un gouvernement qui s’en sert pour enlaidir votre ville, alors il serait possible de l’en empêcher.
La seule solution pour ne pas vous laisser en arriver là, c’est de prendre le problème à l’envers; on vous persuade que ce qu’on fait à votre ville (avec votre argent) c’est l’embellir et non pas l’enlaidir.
Le discours se cache derrière une raison idéologique ou une affaire esthétique, et s’appuie sur un matraquage publicitaire et
médiatique. L’idéologie est une vieille affaire de famille, transmise de père en fils: vous ne pouvez pas concurrencer.
Est-ce une raison pour ne pas essayer ?
Certainement.
Mais j’essaie quand même.
Non, c’est pas un “pitch“, vendu. C’est un résumé.
Léna se retrouve dans un superbe appartement, face à la Seine,
logée par un mystérieux personnage, absent durant six mois. Donc seule
et tranquille pour travailler.
Une telle aubaine, ça n’arrive qu’au cinéma.
Elle peut donc plancher sur sa thèse à propos de Noam Chomsky, pas le linguiste, le politologue, enfin le linguiste selon son patron de thèse, et c’est là le problème. Enfin ce n’est pas le seul problème puisque si on réfléchit bien, elle ne sait pas exactement où elle se trouve, ni pourquoi elle reçoit ses coups de fils silencieux, même si selon Naïma, sa “télé-copine”, “ça arrive souvent!”.
N’ayant d’autre recours que de questionner le poisson rouge dont elle a la charge, elle préfère se dire que tout est normal dans un monde de fous, et donc autant continuer son travail pour le seul prétexte, que quelque chose de cohérent pourrait peut-être arriver.
Inspiration
Le jour où l’idée m’est venue d’écrire « Sujet : Chomsky ! », elle m’est apparue comme une évidence.
Je voyais ça comme le projet le plus évident de la terre. Je me souviens j’étais partie, comme avant « J’arrive », du décret que décidemment je n’avais plus rien à dire, et que s’il s’agissait de continuer uniquement pour occuper la place, non. Pour continuer ce métier, je dois nécessairement me sentir indispensable, et je pense que « Sujet : Chomsky! » s’impose effectivement, vous excuserez mon manque de modestie.
S’impose artistiquement, car c’est une pièce inspirée, un peu comme dans ce mythe de l’artiste qui écrit grâce à des idées dictées d’ailleurs, on est tenté de dire, « d’en haut »!
S’impose esthétiquement, car Noam Chomsky, sujet de la pièce est présent au-delà des moments où il est question de lui, et comme par un phénomène de contagion, imprègne l’ensemble, de sa tranquillité.
“Si tout le monde pensait en même temps„
S’impose philosophiquement (bien plus que politiquement) car plutôt que de se révolter contre l’injustice et la violence des plus forts causées aux plus faibles, on préfère se demander « comment tout cela a été possible », « à quel moment l’être humain a-t’il cessé d’exister » et surtout, surtout, « quelle est ma responsabilité à moi, dans ce crime par omission ».


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