Les acteurs

Saïda Churchill

SaïdaÀ toute seigneuresse tout honneuresse - et voyez comme, noblesse oblige, Saïda Churchill prend soin de preférer une modeste troisième personne à la pompeuse première lorsqu’elle s’évoque: Saïda Churchill ayant écrit, mis en scéne, et interprétant cette pièce, le haut de page lui revient.

Reste que, seigneuresserie ou pas, le site de Saïda Churchill est tout à fait consacré à Saïda Churchill d’abord, et à « Sujet: Chomsky! » ensuite-mais-quasi-d’abord-aussi, si bien que le site de Saïda Churchill aime autant vous renvoyer aux liens prédécents pour plus d’informations sur l’une d’abord, et sur l’autre ensuite-mais-quasi-d’abord-aussi.

Clair

ClairJe n’étais plus en contact avec Clair depuis pas mal de temps, vous savez ce que c’est, les aléas de la vie, mais cela ne m’a pas empêché de la retrouver comme si je l’avais quittée la veille, pardonnez-moi l’expression toute faite, mais c’est celle qui convient.

J’ai rencontré en Clair une personne unique dans sa capacité de faire du bon avec n’importe quoi.

J’avais noté ça lors de cette entreprise que j’avais mis en place juste avant le passage à l’euro. J’ai du mal avec les dates, mais ça au moins je m’en souviens, vu que j’ai eu comme tout le monde à réapprendre à compter, et à me faire arnaquer par les commerçants, voleurs de poules (pour preuve le prix du café, un euro cinquante pour un truc imbuvable, soit dix francs, ce qui correspond quand même à mille anciens francs, et quant au demi pression, c’est un véritable scandale, à croire que le pauvre n’a même plus le droit d’être alcoolique!).

J’avais monté une troupe qui s’appelait « Les autres ! », un groupe d’individualistes que dans le show-biz, on appelle « one-(wo)-man-showistes, pardonnez le barbarisme, qui se réunissait tous les dimanches après-midi, au Sunset, le fameux club de jazz de la rue des Lombards, à Paname.

“Quant au demi pression, c’est un véritable scandale„

Jean-Marc (le patron du lieu) m’en avait filé la clef en me disant « je ne comprends rien de ce que tu veux faire, mais je te donne la clef ». De toute façon j’aurais bien eu du mal à lui expliquer ce que je voulais faire, vu que je ne le savais pas moi-même. Pendant un an, à cette époque, on s’est réuni Clair, Mamane, Marc Gélas, Frédéric Trémège, Franck Vent de Val, et moi-même, et je peux vous dire qu’on s’est sacrément bien poilés! Autant que les spectateurs, peut-être même plus, et ce n’est pas peu dire.

Puis plusieurs années d’euros, de dettes, de vache enragée plus tard, j’écris  « Sujet : Chomsky ! », et pendant l’écriture, la « copine » dans l’histoire, avec laquelle je converse incessamment au téléphone, me parlait avec la voix de Clair. Je me suis servi de sa voix pour donner du corps au personnage, avec cette impression de lui voler un peu de sa personnalité, sachant que, à l’arrivée, elle ne pourrait faire l’enregistrement de la voix, car Clair est pas mal occupée, il faut bien le dire.

Figurez-vous que quand je le lui ai proposé, par acquit de conscience, et prête à essuyer un refus.

Elle m’a dit tout de suite : « Oui »

Je lui ai dit « Attends de lire la pièce »

Ele m’a répondu : « De toute façon, moi je suis fan de ce que tu fais, alors c’est oui. Ou alors t’as changé, ou alors c’est moi! »

Elle n’avait pas changé.

Je me la suis mise dans la poche en lui offrant une assiette de pâtes carbonara au resto en bas de chez elle, et on a filé sur sa moto, jusqu’au studio d’enregistrement à Montreuil: quasiment à chaque fois, pour chaque phrase, la première prise était la bonne.

Vous voyez?

Vous ne me croyez pas? Venez vérifier!

Romain Bouteille

Romain BouteilleLa voix de Monsieur Petit, mon patron de thèse cynique et prudent, est celle de Romain Bouteille. Il s’agit d’un universitaire, opportuniste, carriériste et couard, or Romain Bouteille est très fort dans les contre-emplois.

Ceci explique-t’il cela?

Voyez ses arguments:

J’ai pour habitude de m’écrire des rôles scandaleusement flatteurs. Mon personnage survole avec une maestria d’albatros beaudelairien, les marées noires de la dialectique fondamentale. Il le fait même les doigts dans le nez, si j’ose dire, et ses erreurs sont encore plus admirables que ses triomphes. Ceux qui me connaissent appellent ça un contre-emploi.

C’est qu’à tant que faire que de cabotiner comme un malade, autant que le texte suive. Libre aux artistes véritables de se jeter sur les rôles de crétins, moi, je ne joue la comédie, ni pour l’humanité souffrante, ni pour l’art, je joue pour gagner.

Pour bouter le feu si je peux, à la mafia des groupies de ministres, qui bien que sortant de grandes écoles, ont encore l’innocence de les prendre pour des intellectuels (lequel terme est un adjectif, bordel, pas un substantif !)

Quand il existera un diplôme de pensée non recopiée sur l’impersonnelle pensée de ses supérieurs, on verra. Mais pour l’instant, qu’il soit bon ou mauvais, un érudit mort est un pléonasme. Et c’est pour être sûr de stagner qu’un état institue des diplômes.

Moi, individu, je ne sais pas du tout de quoi je suis fait, et ce n’est pas mes oignons. Je me prosterne devant la boue de mon personnage, mais je suis à mille lieux de me prendre pour une pareille machine (chaque étape de sa fabrication ne requiert pas plus de génie, que celle d’une prothèse dentaire).

Hélas, ce que Saïda Churchill a tout le temps devant le nez, chez nous, ce n’est pas mon personnage, c’est l’individu moi. C’est pourquoi elle m’a choisi entre tous pour jouer le rôle de Monsieur Petit, le crétin de Sorbonne auto-satisfait.

J’ai d’abord cru à une brimade vindicative.

Je pense, maintenant, que c’était un test. Elle voulait voir si je m’apercevrais de la crétinerie du bonhomme, et sinon, me larguer.

Mais comme elle m’a gardé, bien que je m’en sois aperçu longtemps après l’enregistrement, l’explication ne me satisfait pas. J’ai pensé un moment qu’elle voulait jouer la carte du contre-emploi. On aime voir Einstein dans le rôle d’un légionnaire et réciproquement. Ça donne une leçon de réalité sur l’être humain.

Mais rien n’étant venu corroborer cette hypothèse, je crois plus judicieuse celle de la peur. Au départ elle avait prévu de faire réciter à un bonhomme, du Noam Chomsky, et craignait de manquer d’arguments pour me refuser le rôle. Une fois enregistré celui de Monsieur Petit, elle m’a dit très vite « Puisque tu ne peux pas faire les deux rôles, je préfère supprimer Noam Chomsky. »

Tout s’explique toujours par la peur: elle se voyait déjà traînée devant les juges de la Cour Suprême.

Philippe Manesse

Pour ce qui est de mon logeur, mystérieux, sans nom, peu de gens le savent mais Philippe Manesse, quand il n’est pas occupé à faire rire au Café de la Gare, pourrait très bien se servir de ses belles graves pour jouer des rôles tragiques, mystérieux, ou romantiques. C’est cette voix-là que je lui ai réclamée.

Philippe Manesse, c’est aussi le « nouveau » directeur du Café de la Gare, car même si pour certains le Café de la Gare reste indissociable de Romain Bouteille, ce dernier n’a plus rien a voir avec ce théâtre. Ne faites pas la gueule, au fond c’est vous qui l’avez voulu, car enfin, à l’heure actuelle, un théâtre « en anarchie », est-ce encore possible? Non! Or Romain l’a toujours dit: « je ne suis pas un directeur, et je refuse de l’être! »

Cela dit, Philippe Manesse garde un bel héritage de cet état d’esprit, ne serait-ce que parce qu’il est à l’écoute, qu’il a du goût, et qu’il essaye d’être juste! C’est pas mal par les temps qui courent. Philippe a repris l’affaire, sans jamais oublier, ce que vous ne devrez jamais oublier vous-même, c’est que Romain Bouteille en a voulu ainsi.

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