Noam Chomsky

Prophète en son pays

Noam ChomskyJ’ai découvert Noam Chomsky, au hasard de mes recherches après avoir réalisé que l’imposture, la supercherie, et les faux-semblants qui régissent généralement les rapports humains dans leur quotidien, n’étaient en fait que la face visible d’un autre mensonge qui ne pouvait être que le responsable de tous, le mensonge suprême perpétré par les puissants de ce monde, les chefs d’états, avec en première ligne, ceux des états riches évidemment.

Tout à coup, la mesquinerie du «petit peuple» cessa de m’importuner et m’apparut comme le symptôme d’une maladie qui venait de plus haut. Dès lors, les mots « géopolitique », « économie », « libéralisme », devinrent synonyme de « crime contre l’humanité ».

Et plus je m’aventure dans les méandres de ce Mordor, et plus je m’aperçois à quel point tout peut se résumer en un seul mot: Pouvoir.

Et c’est par le Pouvoir que tout se rejoint, Culture, Média, Politique, Commerce et Art bien sûr. Et c’est en ce dernier que je me sens concernée. Mais c’est avec mes propres armes que je réagis: je suis une humoriste. Solitaire.

Où l’on joue à lire

Léna prépare sa thèse qui s’appuie sur des textes, tirés de livres, ces livres existent, elle en lit des extraits. Ce n’est pas une lecture, elle joue à lire, mais les livres ne sont pas des accessoires. Enfin, si, mais ils ne sont pas factices.

D’ailleurs les extraits sont réellement tirés de ces livres.

Mais ça reste du théâtre. Vous me suivez ?

L’idée que certains types de connaissances devraient être minimisés à cause de leurs implications négatives est une chose que je trouve effrayante. Qui prend la décision de ” minimiser la vérité ” ? Qui détermine les implications ? Où se trouve ce pouvoir, et quelle est sa source ou sa justification ? J’y vois le chemin vers le fascisme, qui séduit beaucoup les intellectuels, y compris ceux qui se disent antifascistes, libéraux, etc… Et je peux apporter les documents pour le montrer.

Noam Chomsky, 15 décembre 1992.

Démonter le système d’illusions et de duperie qui fonctionne pour empêcher de comprendre la réalité n’est pas une tâche qui nécessite des aptitudes ou une compréhension extraordinaires, mais un scepticisme normal que tout le monde possède et peut exercer. Seulement voilà, il se trouve que les gens ne les exercent pas à analyser les questions réellement importantes pour la vie humaine. Y compris la leur.

Noam Chomsky

D’autres considérations peuvent être cause d’obéissance: un journaliste qui ne veut pas travailler trop dur, peut fort bien survivre, et même se tailler une certaine respectabilité, en publiant l’information qui lui arrive des sources officielles ou même de certaines “fuites”. Petit jeu sur la façon d’indiquer les guillemets. D’autant que les médias obligent à coller à la pensée conventionnelle, puisque rien d’autre ne peut être dit entre deux messages publicitaires. Dans le cas contraire, le critique doit, de plus, être prêt à faire face à toute une machinerie diffamatoire, contre laquelle, il n’a aucun recours.

Noam Chomsky

Personne n’ignore que les régimes autoritaires, quelle que soit leur idéologie, mettent les médias au service de leur propagande. Mais qu’en est-il des régimes élus démocratiquement, dans le monde dit “libre” ?

Noam Chomsky

Dans un monde où des cohortes d’intellectuels disciplinés et de médias asservis servent de prêtrise séculière aux puissants, lire Chomsky représente un acte d’autodéfense. Il peut permettre d’éviter les fausses évidences et les indignations sélectives du discours dominant. Mais il enseigne aussi que, pour changer le monde, on doit le comprendre de façon objective et qu’il y a une grande différence entre romantisme révolutionnaire - lequel fait parfois plus de tort que de bien - et critique sociale simultanément radicale et rationnelle. Après des années de désespoir et de résignation, une contestation globale du système capitaliste semble renaître. Elle ne peut que tirer avantage de la combinaison de lucidité, de courage et d’optimisme qui marque l’œuvre et la vie de Noam Chomsky.

Jean Bricmont, extrait du Monde diplomatique, avril 2001

Dans les années 80, le gouvernement américain a monté une vaste campagne de propagande à propos des victimes d’une « pluie jaune » (une arme chimique qui aurait été larguée sur le Laos et le Cambodge par l’Union soviétique et son allié vietnamien), tout ce battage s’est essoufflé, après que l’armée américaine s’est vue incapable de confirmer une telle attaque, juste avant la découverte qu’en fait de « pluie jaune » il s’agissait d’excréments d’abeille. Cette campagne n’en a pas moins reçu une publicité plus bruyante que la véritable guerre chimique infligée par les Etats-Unis aux Vietnamiens. Les faits importants sont ceux-ci : les médias ont réussi à donner l’impression que les Etats-Unis représentaient la force morale, qu’ils réprouvaient l’usage de ce terrible arsenal, mais qu’il en était tout autrement si eux-mêmes s’en servaient, ou l’un de leurs clients.

Noam Chomsky

Les débats sur le Cambodge et l’affaire Faurisson coûtèrent beaucoup à Noam Chomsky. Il organisa méthodiquement sa défense contre les attaques et les charges portées contre lui. Il écrivit des centaines de lettres à de simples correspondants, il rédigea de nombreux articles, répondit à des questions par téléphone et à des interviews. C’était épuisant, intellectuellement et moralement. Sa capacité à surmonter la tourmente était surprenante, il faisait preuve d’une énergie, d’un humour et d’une intégrité pratiquement intacts.

« La fabrique de l’opinion publique » de Edward S. Herman & Noam Chomsky

Il faut rester prudent, car nous entrons dans le domaine de la spéculation. Quand certains concepts sont dominants, il est raisonnable de se demander pourquoi. Une raison pourrait être qu’ils sont vrais. Mais dans le cas où ils sont sans fondement rationnel, la question se pose encore plus vivement : pour quelles raisons alors ces concepts sont-ils pourtant dominants ? Pour des raisons idéologiques. Ce qu’il est intéressant de remarquer c’est que cette doctrine non seulement est acceptée, mais elle l’est sans vérification, on ne l’interroge même pas, on l’admet comme le cadre même d’une évolution…

Noam Chomsky

Lors de l’attentat d’Oklahoma City, tous les grands journaux titraient : « Oklahoma City ressemble à Beyrouth » mais personne n’a remarqué que « Beyrouth aussi ressemblait à Beyrouth » or l’administration Reagan venait de faire exploser là-bas, une bombe très semblable à celle d’Oklahoma City, un camion plein d’explosifs, placé à l’extérieur d’une mosquée, minuté pour tuer le maximum de gens au moment où ils sortiraient. Pour la plupart, des femmes et des enfants. Cet acte de terrorisme visait un dignitaire musulman que l’administration Reagan n’aimait pas et qu’elle a raté.

« Autopsie des terrorismes », Noam Chomsky

Dans une interview avec James Peck, Chomsky a parlé du souvenir qu’il conservait du jour où Hiroshima a été bombardée. Il avait alors seize ans :
« Je me souviens a-t-il dit, d’avoir été littéralement incapable d’adresser la parole à qui que ce soit. J’étais dans un camp de vacances quand j’ai appris la nouvelle, et je suis parti dans les bois, où je suis resté seul, plusieurs heures. Je n’ai jamais pu en parler à quiconque, ni comprendre la réaction des autres. Je me sentais complètement isolé… »

« L’écrivain-militant », Arhundati Roy

Concernant le Cambodge, l’indignation fut vive - autant qu’hypocrite, Quand, en 1979, les Vietnamiens mirent fin au régime de Pol Pot, les Occidentaux décidèrent de soutenir les Khmers rouges, diplomatiquement à l’ONU, mais aussi, indirectement, sur le plan militaire. En revanche, au moment de l’action militaire indonésienne, les médias et les intellectuels « médiatiques » observèrent un silence presque complet, alors même que les Etats-Unis et leurs alliés, dont la France, livraient à l’Indonésie des armes en sachant qu’elles seraient utilisées à Timor.

Jean Bricmont, extrait du Monde diplomatique, avril 2001

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